2501 | Concours surélévation de logements et transformation du Centre Gilbert Meyrin
Lieu
Meyrin (GE)
Procédure
Concours ouvert, certifié SIA142
Date
2025
Transformation
Intentions générales et concept
Le projet de surélévation du secteur Prulay-Gilbert-Livron s’inscrit dans une volonté forte de faire dialoguer la modernité du site avec l’esprit coopératif de l’habitat, tel qu’il s’exprime notamment dans l’œuvre Bolo’bolo de Hans Widmer. Ce manifeste utopique, bien que daté de 1983, trouve une étonnante pertinence dans le contexte actuel et inspire l’organisation d’un « Bolo urbain » : un îlot dense, pluriel, vivant, où coexistent logements, activités et espaces communs. L’échelle du site et la densité d’habitants correspondent aux dimensions du Bolo, permettant ainsi l’appropriation des espaces, la cohabitation d’architectures de différentes époques et la présence d’activités diversifiées. Le projet reprend également l’esprit de Meyrin-Cité, en respectant son identité tout en l’inscrivant dans une lecture contemporaine, avec une posture de « caretaker » : prendre soin de l’existant, faire avec, plutôt que faire table rase.
Échelles territoriale, urbaine et de quartier
Situé à l’entrée sud-est de la Cité-Satellite, le site bénéficie d’une position stratégique, tant sur le plan urbain qu’environnemental. Il s’inscrit dans un corridor écologique majeur reliant le Bois de Merdisel (CH) au Bois Perdriaux (FR), à travers les parcs du Jardin Alpin et de Riantbosson. Le projet renforce cette trame verte par trois interventions principales : la reconstitution d’une lisière boisée, la perméabilisation maximale des surfaces et la végétalisation généralisée des toitures. À cela s’ajoutent des gestes ciblés tels que la plantation d’essences adaptées au climat futur, la transformation des haies en milieux arbustifs favorables à la faune, l’installation de nichoirs et la mise en place de mares de rétention. Le projet vise ainsi à recréer une porosité du site, tant visuelle que fonctionnelle, et à restaurer la continuité des mobilités douces au cœur de l’îlot, selon les recommandations des études urbaines de 1995 et 2012 qui suggéraient déjà un redimensionnement du Centre Gilbert.
Espaces extérieurs et paysage
Le projet valorise l’esprit ville-jardin comme fil rouge de l’intervention. Les bâtiments forment une sorte de filtre qui isole l’espace central de l’agitation urbaine tout en maintenant une ouverture vers le contexte immédiat. La pleine terre est réaffirmée comme matrice du projet, avec une gestion de l’eau par noues et bassins, favorisant à la fois la biodiversité et la résilience climatique. Le jardin est conçu comme un espace de calme, propice à la détente et à l’oisiveté, tandis que les activités sportives sont relocalisées en périphérie. Les potagers existants sont maintenus et de nouvelles parcelles cultivables sont aménagées, avec la possibilité d’y adjoindre des petits élevages urbains (ex. poulaillers). Le parc est aménagé avec légèreté : une simple promenade structure l’espace sans le figer. L’esplanade, nouvellement définie, devient le lieu des usages collectifs : circulation, jeux, rencontres, événements. Un grand nombre d’arbres est planté en périphérie, complétant la couronne existante interrompue par les anciens parkings. Certaines zones sont volontairement restreintes à l’usage humain pour renforcer la trame écologique interne à la parcelle.
Accessibilité et mobilité
La séquence d’accès aux bâtiments de logement respecte une hiérarchie claire et fluide : depuis les trottoirs, on passe sous la couronne arborée, puis par un seuil dégagé, avant de traverser les rez-de-chaussée ouverts pour déboucher sur la cour-jardin. Tous les bâtiments sont rendus accessibles aux personnes à mobilité réduite grâce à des rampes douces et des dispositifs adaptés. Les flux motorisés sont systématiquement séparés des mobilités douces, y compris à l’entrée du parking souterrain et de la vélostation de 150 places, avec accès distincts. Les cheminements piétons et cyclables sont optimisés pour traverser aisément l’îlot. Les stationnements visiteurs sont maintenus en surface, tandis que les besoins commerciaux sont pris en compte rue de la Prulay. Les accès pompiers sont assurés sans dispositif supplémentaire, les aménagements ayant été conçus en fonction de cette contrainte.
Centre Gilbert : transformation et redimensionnement
Le Centre Gilbert fait l’objet d’un redimensionnement fondamental, en réponse aux diagnostics posés dès 1995. Mal étanchéifié, partiellement transformé de manière maladroite, il ne répond plus ni à sa vocation d’origine ni aux besoins contemporains. Le projet conserve les deux pavillons périphériques les moins altérés : l’un accueille la pharmacie, essentielle à la vie du quartier ; l’autre est converti en espace communautaire. Le pavillon central est démoli puis reconstruit selon une nouvelle trame architecturale, reprenant les poteaux existants. Le nouveau bâtiment, aux usages flexibles, intègre un café de quartier, Chez Gilberte, situé à la croisée des flux. Le centre rénové devient une articulation entre esplanade et jardin, une nouvelle pièce urbaine qui redonne vitalité à l’îlot et améliore la relation avec le parc. Les toitures sont végétalisées et deviennent des cinquièmes façades pour les habitants.
Logements : typologies et résilience
Le projet propose des logements inspirés des typologies existantes, tout en les adaptant aux structures familiales contemporaines. Les unités sont flexibles, modulaires, évolutives : elles permettent des réaménagements faciles, des extensions par fusion d’unités (clusters), et s’adaptent aux besoins changeants des habitants. Tous les logements sont traversants, conçus selon des principes bioclimatiques. Un jardin d’hiver filant agit comme tampon thermique et espace supplémentaire, tout en protégeant du bruit aérien. Les matériaux choisis sont sains (sans COV), les systèmes de ventilation low-tech, et les toitures recueillent les eaux de pluie pour l’arrosage individuel. Les cuisines, tournées au sud-ouest, sont en lien direct avec les balcons. Le projet rend possible l’expérimentation d’un habitat plus collectif et résilient, sans sacrifier la qualité d’usage ni l’intimité.
Construction et durabilité
La construction privilégie des éléments légers, préfabriqués, réduisant les nuisances de chantier pour les habitants en place. Le projet est conçu pour être désassemblable, et potentiellement réplicable aux étages inférieurs lors de futures rénovations. Les matériaux bio- et géosourcés sont favorisés : le béton chanvre est utilisé en isolation sur les murs pignons, et les toitures sont végétalisées pour favoriser l’inertie thermique, l’évapotranspiration et l’insertion paysagère. L’ensemble du processus est pensé selon une logique circulaire, où la transformation du Centre Gilbert notamment s’appuie sur la réutilisation directe d’éléments démontés sur site.
